Il en résulta un petit volume que je publiai en grand secret et qui mystifia deux ou trois personnes. Voici les sources où j'ai puisé cette couleur locale tant vantée: d'abord une petite brochure d'un consul de France à Banialouka. J'en ai oublié le titre, l'analyse en serait facile. L'auteur cherche à prouver que les Bosniaques sont de fiers cochons, et il en donne d'assez bonnes raisons. Il cite par-ci par-la quelques mots illyriques pour faire parade de son savoir (il en savait peut-être autant que moi). J'ai recueilli ces mots avec soin et les ai mis dans mes notes. Puis j'avais lu le chapitre intitu[l]é. De'costumi dei Morlachi, dans ie voyage en Dalmatie de Fortis. Il a donné le texte et la traduction de la complainte de la femme de Hassan Aga qui est réellement illyrique; mais cette traduction était en vers. Je me donnai une peine infinie pour avoir une traduction littérale en comparant les mots du texte qui étaient répétés avec l'interprétation de l'abbé Fortis. A force de patience, j'obtins un mot [à] mot, mais j'etais embarrassé encore sur quelques points. Je m'adressai à un de mes amis qui sait la russe. Je lui lisais le texte en le prononcant à l'italienne, et il le comprit presque entièrement. Le bon fut, que Nodier qui avait déterré Fortis et la ballade de Hassan Aga, et l'avait traduite sur la traduction poétique de l'abbé en la poétisant encore dans sa prose, Nodier cria comme un aigle que je l'avais pillé. Le premier vers illyrique est:

        Scto s bieli u gorje zelenoï

Fortis a traduit:

        Che mai biancheggia nel verde Bosco

Nodier a traduit bosco par plaine verdoyante; c'etait mal tomber, car on me dit que gorje veut dire colline. Voil[à] mon histoire. Faites mes excuses à M. Pouchkine. Je suis fier et honteux à la fois de l'avoir attrapé, и проч.



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